{"id":169,"date":"2021-05-26T21:36:02","date_gmt":"2021-05-26T19:36:02","guid":{"rendered":"https:\/\/cogitusinterruptus.fr\/?p=169"},"modified":"2021-05-26T21:36:02","modified_gmt":"2021-05-26T19:36:02","slug":"adieux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cogitusinterruptus.fr\/?p=169","title":{"rendered":"Adieux"},"content":{"rendered":"\n<p>Il fait dr\u00f4lement froid depuis que mes humains sont partis. Je suis aussi gel\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Il commence \u00e0 y avoir de la glace sur l\u2019int\u00e9rieur des vitres, l\u2019hiver revient. Pour chasser l\u2019ennui, je convoque les souvenirs. La premi\u00e8re fois qu\u2019ils sont entr\u00e9s, j\u2019ai bien cru que j\u2019allais mourir. Tous ces petits pas dans mon ventre\u2026 des chaussons d\u2019enfant qui chatouillent, des godillots qui mart\u00e8lent, les talons fins qui piquent. C\u2019\u00e9tait comme une gigantesque indigestion qui ne s\u2019arr\u00eate jamais. Puis peu \u00e0 peu, je me suis habitu\u00e9e. J\u2019ai pris go\u00fbt \u00e0 la chaleur douillette du feu dans l\u2019\u00e2tre au c\u0153ur de l\u2019hiver et aux odeurs de biscuits qui grimpaient jusqu\u2019au toit me titiller les chevrons.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019en ai vu d\u00e9filer des humains, si vous saviez&#8230; Des petits, des gros, des grands, des vieux, des jeunes. La vie \u00e9tait doucement monotone, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, un beau jour, des ces minuscules pas de b\u00e9b\u00e9 dans la chambre du fond. Cette humaine toute neuve s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e la plus int\u00e9ressante de tous. La plus bruyante aussi, j\u2019ai pass\u00e9 quelques mauvaises nuits. Mais avec elle, j\u2019\u00e9tais vivante ! Rose bonbon les premi\u00e8res ann\u00e9es, bleue les suivantes, constamment en d\u00e9sordre&#8230; Je garde un souvenir assez vif de son adolescence, o\u00f9 elle piquait par centaines ces terribles petites punaises dans mes murs. Qu\u2019est-ce que \u00e7a a pu me gratter\u2026 mais je n\u2019ai jamais rien dit. Elle avait trop besoin de moi, de son refuge. J\u2019ai \u00e9cout\u00e9 ses rires, ses questions et ses pleurs. J\u2019ai gard\u00e9 en secret toutes ses lettres d\u2019amour, bien cach\u00e9es derri\u00e8re la trappe du volet. Elles y sont toujours. Elle a fini par grandir, je crois qu\u2019elle les a oubli\u00e9es, mais pas moi. Un jour, elle est partie, et les autres humains aussi, remplac\u00e9s par d\u2019autres, et d\u2019autres encore tant et si bien que j\u2019ai perdu le compte. Jusqu\u2019au jour o\u00f9 ce fut le silence.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai attendu, j\u2019ai esp\u00e9r\u00e9, le retour de la vie entre ses murs. Un temps, j\u2019ai abrit\u00e9 des \u00e9cureuils, et m\u00eame un couple d\u2019oiseaux. Aujourd\u2019hui je suis las de cette vie de solitude. C\u2019est d\u00e9cid\u00e9, je tire ma r\u00e9v\u00e9rence. Soyez heureux, petits humains et souvenez-vous des vieilles pierres !<\/p>\n\n\n\n<p>Et dans un terrible fracas, la b\u00e2tisse s&rsquo;effondra.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il fait dr\u00f4lement froid depuis que mes humains sont partis. Je suis aussi gel\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Il commence \u00e0 y avoir de la glace sur l\u2019int\u00e9rieur des vitres, l\u2019hiver revient. Pour chasser l\u2019ennui, je convoque les souvenirs. La premi\u00e8re fois qu\u2019ils sont entr\u00e9s, j\u2019ai bien cru que j\u2019allais mourir. Tous ces petits pas dans mon ventre\u2026 des chaussons d\u2019enfant qui chatouillent, des godillots qui mart\u00e8lent, les talons fins qui piquent. C\u2019\u00e9tait comme une gigantesque indigestion qui ne s\u2019arr\u00eate jamais. Puis peu \u00e0 peu, je me suis habitu\u00e9e. J\u2019ai pris go\u00fbt \u00e0 la chaleur douillette du feu dans l\u2019\u00e2tre au c\u0153ur de l\u2019hiver et aux odeurs de biscuits qui grimpaient jusqu\u2019au toit me titiller les chevrons. J\u2019en ai vu d\u00e9filer des humains, si vous saviez&#8230; Des petits, des gros, des grands, des vieux, des jeunes. La vie \u00e9tait doucement monotone, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, un beau jour, des ces minuscules pas de b\u00e9b\u00e9 dans la chambre du fond. Cette humaine toute neuve s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e la plus int\u00e9ressante de tous. La plus bruyante aussi, j\u2019ai pass\u00e9 quelques mauvaises nuits. Mais avec elle, j\u2019\u00e9tais vivante ! 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